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Léon & Marcel

Peut-on parler de “bio” en restauration sans certification ?

Peut-on parler de “bio” en restauration sans certification ?

Ce que dit réellement la réglementation et pourquoi la transparence est indispensable

Le terme bio s’est imposé au fil des années comme un repère fort pour les consommateurs. Il évoque une alimentation plus saine, plus respectueuse de l’environnement et souvent plus qualitative. Dans l’imaginaire collectif, le bio est devenu un marqueur de confiance.

Pourtant, en restauration, en traiteur et dans le secteur des plats préparés, son utilisation est strictement encadrée et bien plus restrictive que ce que beaucoup imaginent.

Une question revient régulièrement chez les professionnels comme chez les clients :

est-il possible de dire que l’on utilise des produits ou des ingrédients bio lorsque le plat final n’est pas certifié bio ?

La réponse est claire : non, dans un cadre de communication commerciale grand public, cela est interdit.

Cet article a pour objectif d’expliquer pourquoi, d’en détailler les fondements réglementaires et de montrer en quoi cette rigueur est finalement bénéfique pour tous.

Le cadre légal du bio : une réglementation stricte et protectrice

L’usage du terme bio est encadré par le règlement européen (UE) 2018/848, qui régit la production biologique, la transformation des produits et leur communication auprès des consommateurs.

En France, ce règlement est appliqué et contrôlé par les services de la DGCCRF.

L’objectif est double :

-protéger les consommateurs contre toute communication trompeuse,

-préserver la crédibilité du label bio et des acteurs réellement certifiés.

Contrairement à une idée reçue, cette réglementation ne s’applique pas uniquement aux produits vendus en grande distribution, mais aussi pleinement à la restauration, au traiteur et aux plats livrés.

Produit transformé : une notion clé souvent mal comprise

Un point fondamental explique la sévérité de la règle :

-un plat cuisiné est juridiquement considéré comme un produit transformé.

Qu’il s’agisse :

-d’un repas livré à domicile,

-d’un plat servi en restauration,

-d’un menu traiteur,

le consommateur achète un produit fini, et non une liste d’ingrédients séparés.

La réglementation considère donc que :

-toute référence au bio concerne le produit final,

et non uniquement certains composants de la recette.

C’est cette logique qui fonde l’interdiction.

Ce qui est strictement interdit sans certification bio

Lorsqu’un établissement n’est pas certifié bio, il lui est interdit, pour un produit final conventionnel, de mentionner dans sa communication commerciale :

« nous utilisons des produits bio »,

« nos ingrédients sont bio »,

« cuisine à base de produits bio »,

« plats élaborés avec des légumes bio »,

ou toute formulation équivalente.

Et ce, même si :

-les matières premières ont bien été achetées en bio,

-les fournisseurs sont certifiés,

-les factures peuvent être présentées en cas de contrôle, l’intention n’est pas trompeuse.

Du point de vue de la DGCCRF, ce type de message crée une allégation valorisante réglementée, qui laisse entendre au consommateur que le plat bénéficie du statut bio. Sans certification du produit final, cette promesse est jugée trompeuse.

Pourquoi la mention “ingrédients bio” ne suffit pas en restauration

Dans l’industrie agroalimentaire, certains produits emballés peuvent mentionner la part d’ingrédients bio lorsqu’elle est inférieure à 95 %, sous des conditions très précises d’étiquetage.

Mais ce régime ne s’applique pas à la restauration.

Pourquoi ?

Parce que :

-le consommateur n’a pas accès à une liste d’ingrédients détaillée,

-l’information est transmise oralement ou par un support marketing,

-l’asymétrie d’information est trop importante.

La réglementation considère donc que toute mention du bio, même partielle, est perçue comme globale par le client final.

C’est précisément pour cette raison que de nombreux professionnels sont rappelés à l’ordre lors de contrôles, parfois avec surprise.

Le contrôle : une réalité partagée par de nombreux acteurs

Dans les faits, beaucoup d’établissements pensent être dans leur droit en valorisant des ingrédients bio isolés.

Or, lors d’un contrôle, la lecture est stricte et homogène :

pas de certification = pas de référence au bio sur le produit final,

quelle que soit la sincérité de la démarche.

Cette réalité explique pourquoi certains discours trouvés en ligne sont contradictoires :

les pratiques tolérées un temps ou dans certaines zones ne constituent pas une base juridique solide.

Bio, local, responsable : des notions à ne pas confondre

Il est essentiel de rappeler que le bio n’est pas l’unique indicateur de qualité alimentaire.

Un produit peut être :

-local et de saison sans être certifié bio,

-issu d’une agriculture raisonnée,

-produit par un petit exploitant engagé mais non labellisé,

ou sélectionné pour ses qualités nutritionnelles spécifiques.

Expliquer ces choix, plutôt que de les résumer à un mot-clé, permet de construire une relation de confiance plus solide et plus mature avec les clients.

Les risques d’une communication imprécise

Utiliser le mot bio sans y être autorisé expose à :

-des rappels à l’ordre,

-des injonctions de mise en conformité,

-des sanctions financières,

-une atteinte durable à la crédibilité de la marque.

Dans un contexte où l’alimentation touche directement à la santé – notamment celle des seniors – la cohérence entre le discours et la réalité est devenue non négociable.

Vers une alimentation plus lisible et plus responsable

Les attentes des consommateurs évoluent. Aujourd’hui, ils ne recherchent pas uniquement des labels, mais :

-de la clarté,

-de la cohérence,

-une démarche assumée et expliquée.


En résumé

Non, il n’est pas autorisé de dire que l’on utilise des produits ou ingrédients bio si le plat final n’est pas certifié bio.

-Cette interdiction s’applique pleinement à la restauration, au traiteur et aux plats livrés.

-La mention du bio porte juridiquement sur le produit fini, et non sur ses composants.

-La transparence, la précision du langage et la pédagogie sont aujourd’hui les meilleures garanties de confiance.

Dans un secteur en pleine mutation, ce sont les démarches claires, responsables et assumées qui construisent les marques alimentaires durables.